Ta bouche était la coupe ardente
Ta bouche était la coupe ardente où je buvais ;
Tes yeux étaient mon ciel, bleu comme l'autre, et vide.
Ivre, j'avais laissé l'espérance candide
Passer avec l'amour sur la route où je vais.
étant un amoureux, est-ce que je savais
Comment vous nous creusez le front, ride par ride ?
Que te fallait-il donc, ô bien-aimée avide ?
Mon ame, ma raison, mes sens, tu les avais.
Chère ame, au plus profond de mon coeur enchassée !
Je t'avais tout donné, tout, jusqu'à ma pensée,
Que le fatal serpent de l'amour enlaçait.
Mais toi, trouvant encore trop riche ton poète,
Tu me repris ton coeur, et détournas la tête,
Rieuse, du côté d'un autre qui passait.
Albert Mérat (1840-1909)