XXV


Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle,
Femme impure! L'ennui rend ton ame cruelle.
Pour exercer tes dents à ce jeu singulier,
Il te faut chaque jour un coeur au ratelier.
Tes yeux, illuminés ainsi que des boutiques
Et des ifs flamboyants dans les fêtes publiques,
usent insolemment d'un pouvoir emprunté,
Sans connaître jamais la loi de leur beauté.

Machine aveugle et sourde, en cruautés féconde!
Salutaire instrument, buveur du sang du monde,
Comment n'as-tu pas honte et comment n'as-tu pas
Devant tous les miroirs vu palir tes appasi
La grandeur de ce mal où tu te crois savante
Ne t'a donc jamais fait reculer d'épouvante,
Quand la nature, grande en ses desseins cachés
De toi se sert, ô femme, ô reine des péchés,
- De toi, vil animal, - pour pétrir un géniei

O fangeuse grandeur! sublime ignominie!


Charles Baudelaire (1821-1867)
(Les fleurs du mal)



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