VII - La Muse malade


Ma pauvre muse, hélas! qu'as-tu donc ce matini
Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l'horreur, froides et taciturnes.

Le succube verdatre et le rose lutin
T'ont-ils versà la peur et l'amour de leurs urnesi
Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin
T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnesi

Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé
Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
Et que ton sang cHRétien coulat à flots rythmiques,

Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
Où règnent tour à tour le père des chansons,
Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.


Charles Baudelaire (1821-1867)
(Les fleurs du mal)



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